La belle montagne d'à côté

Le centre de ski













La station de ski Mont-Carmel a vu le jour en 1954 à l'initiative de M. Roland Lapointe. Ce dernier aménageait alors les premières pistes alimentées par une remontée de type «rope tow» mue par un moteur de camion.

En 1962, Fernand "Fritz" Gauthier et Claude Barbeau entrent en scène dans une aventure qui durera plus de 40 ans.

Déjà propriétaires d’une réputée boutique d’articles de sport au centre-ville de Trois-Rivières, le tandem injecte un souffle nouveau dans le centre de ski en y installant rapidement une première remontée en arbalète et un système d’enneigement mécanique. À l’époque, on parle de révolution comme le fut plus tard l’avènement des télésièges dans les stations de ski.

Trois ans se sont écoulés et voilà que s’ajoute une deuxième remontée T-Bar et les tracés de la demi-douzaine de pistes sont bonifiés.

Le Centre de ski Mont-Carmel devient, dès ses premières années, le bastion d’initiation par excellence pour des centaines de skieurs mauriciens. Avec l’appui du Club Kiwanis, des hordes de jeunes Trifluviens envahissent chaque semaine, durant 4 ans, la petite montagne. Pour un coût nominal de 50 cents, ils ont alors droit au transport, à une leçon de groupe et au billet de remontée.

"Certains week-ends, on pouvait compter jusqu’à 30 autobus scolaires dans le stationnement." rappelle Cy Hiller, autrefois instructeur et fidèle ami des propriétaires. S’inspirant des fameuses pommes du Kiwanis vendues lors de campagne de financement, les jeunes avaient droit à un écusson à l’effigie d’une pomme de différentes couleurs selon leurs degrés d’apprentissage.

Ce programme avait été développé par Jean-Claude Lussier, Guy Guindon et Jean-Jacques Poliquin. Il aura semé le germe du ski chez des milliers de jeunes qui n’ont pas oublié cette mémorable époque.

Malheureusement, cette initiative historique d’initiation au ski prendra fin quand l’envahissement hebdomadaire générera plus d’inconvénients que d’avantages pour les entrepreneurs aux prises avec une kyrielle de problèmes de divers ordres.

1972 marquera un autre important virage dans l’histoire de la station. Le chalet est agrandi à même le garage qui est relocalisé. Le 3e T-Bar est installé et une demi-douzaine de nouvelles pistes s’ajoute.

L’influence d’une légende

Avant d’en arriver à posséder leur propre station, le tandem Gauthier-Barbeau a eu droit à un mentor de renom. Le légendaire directeur de l’école de ski de Mont-Tremblant, Ernie McCullough, aura eu une influence déterminante dans l’avènement de la station.

Fréquentant la boutique Gauthier Sports dans les années 50, ce dernier invitait assidûment les propriétaires de la boutique qu’il fréquentait à venir le rejoindre à Mont-Tremblant où il dirigeait l’école de ski. La réputée station des Laurentides possédait alors un rare télésiège tandis que Trois-Rivières n’offrait qu’une remontée par câble au modeste centre en flanc de rivière St-Maurice appelé le Cap à la Corneille.

L’amitié avec la légende McCullough était telle que lors de l’inauguration officielle de la nouvelle acquisition de Gauthier-Barbeau, ce dernier s’y présenta avec toute son équipe d’instructeurs.

Une autre influence d’une personnalité du ski allait marquer le cours de l’histoire de Mont-Carmel soit le père de la skieuse canadienne Betsy Clifford. Fernand "Fritz" Gauthier se rappelle que c’est lui qui avait conseillé de ne pas se laisser séduire par la tentation d’aménager un centre de ski plus au nord. "Un jour, lui avait-il dit, l’urbanisation rejoindra ta station et la rendra encore plus accessible et plus populaire. "

Berceau du saut à ski


De 1960 à 1972, le centre était bien connu en raison de la présence d'un tremplin où les auteurs olympiques Jacques Ferland, Lucien Laferté et Claude Trahan ont fait belle figure.
La notoriété de la station s’articule également autour de la discipline du saut à ski. Déjà, Trois-Rivières possède sur les flancs de la rivière St-Maurice un tremplin auquel s’ajoutera celui de Mont-Carmel à l’initiative de Lucien Laferté et Jacques «Ti-Co» Charland. Ce dernier, appelé le «Flying cowboy», véhiculera le nom de la station à travers sa participation à diverses compétitions en Amérique du Nord.

La présence du tremplin et des sauteurs aura presque permis à la station d’être l’hôte des épreuves de sauts lors des Jeux du Canada. Mais, finalement, les Jeux se seront tenus au Saguenay - Lac St-Jean.

"Certaines entreprises étaient même prêtes à investir dans la construction du nouveau tremplin et même à commanditer un entraîneur autrichien pour un an", rappelle Fritz Gauthier.

Des documents historiques rappellent que dès 1911, Trois-Rivières était le centre canadien de sauts à ski en raison notamment de la présence de nombreux Norvégiens qui travaillent alors dans les papeteries.

Ski de fond nocturne

Le Centre de ski Mont-Carmel peut s’enorgueillir d’avoir été au début des années 70, le premier centre à offrir des sentiers éclairés pour la pratique du ski de fond. À l’origine, l’éclairage était assuré par des canettes accrochées aux arbres dans lesquelles on allumait du naphta. L’anecdote rappelle que certains arbres ont accidentellement flambé. Plus tard, l’éclairage traditionnel a été victime des vandales, ce qui mettra fin à l’expérience.

Les sentiers de ski de fond sont toujours accessibles, et ce, gratuitement. La boutique offre en location de l’équipement. Celle que l'on voit ci-bas a fait place à l'aménagement du sympathique restaurant. Depuis, elle est relocalisée dans un autre bâtiment avec la billetterie. 

Les années 80 seront marquées par la prolifération de nouvelles stations de ski en Mauricie. Imperturbables dans la tempête, Gauthier et Barbeau garderont le cap en gardant une main ferme sur la barre. Tandis qu’aujourd’hui bien des projets prometteurs ont coulé à pic ou prennent l’eau, le navire de Mont-Carmel reste vaillamment à flot.

Quant à leur boutique de la rue des Forges, ils ont été forcés de la fermer en 1995, à la suite de deux incendies survenus en moins de 15 jours de part et d’autre de l’édifice abritant leur local.

L’avenir

En septembre 2008, Claude Morin et le Groupe Lemay (Yvon Lemay, Josianne Lemay, Dany Lemay, Louis-Marc Bourgouin) ont acquis le Centre de ski Mont-Carmel afin de poursuivre les activités et d'offrir à leur clientèle les meilleurs conditions de ski.

Une nouvelle administration et une nouvelle image pour relancer le ski alpin, la planche à neige, le snow blade, le ski de fond et les glissades sur tube dans une ambiance chaleureuse.

Confronté à un pauvre hiver en neige et une conjoncture économique non favorable, les nouveaux propriétaires ont, à regret, mis la clé dans la porte le 17 janvier 2012.


 

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